2000 "The Moving Body" Teaching creative theatre
 
Le LEM
 
 
Le Laboratoire d'Etude du Mouvement
A la suite des cours donnés par Jacques Lecoq aux élèves architectes de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts, un département scénographique lié à l’École de Théâtre Jacques Lecoq est imaginé en collaboration avec l’architecte Krikor Belekian. En 1977, le Laboratoire d’Etude du Mouvement (L.E.M.) ouvre ses portes à Paris.
Le LEM est dirigé par Krikor Belekian et Pascale Lecoq, architectes DPLG et scénographes.
Qu'est ce que le LEM
 
Département autonome de l’École, le LEM est spécialement dédié à la recherche dynamique de l’espace et du rythme, à travers la représentation plastique.
Il s’agit de découvrir le mouvement des couleurs, des formes, des structures et de mettre ces connaissances au service de la scénographie.
C’est par des séances de mouvements que les élèves vont appréhender l’espace, puis par une pratique en atelier, qu’ils construiront avec des matériaux divers (terre, bois, carton, papier, fer, etc.) des «objets» sont élaborés à partir de thèmes se référant dans un premier temps au corps humain :
«Cette liaison avec le corps reste essentielle. Le corps mimeur découvre avant le raisonnable, la sensation dynamique avec laquelle il pourra mieux raisonner par la suite.»
« Mimer, c’est faire corps avec le rythme et les forces qui organisent et régissent les êtres vivants et leurs manifestations ainsi que l’ordonnance des choses, dans l’espace du dedans et dans l’espace du dehors.»
Dans un deuxième temps, les élèves explorent le domaine des couleurs et de leurs espaces ainsi que des passions et des états dramatiques isolés, tels que la jalousie, l’orgueil, la peur, la colère et les transposent dans des formes, des masques, des structures.

> Le corps et le mouvement
> Le corps et l'espace
> Le corps, les passions et les couleurs
> L'expo-drame
 
Le jeu des structures portables
 
Extrait du livre Le Théâtre du Geste - Mimes et Acteurs
écrit sous la direction de Jacques LECOQ - Editions Bordas 1987

Les structures portables sont la suite abstraite du jeu du masque. Le masque de théâtre contient un caractère plus ou moins expressif en se référant au visage humain qu'il cache pour un autre larvaire, stylisé, voire symbolique. Mais le masque est aussi une forme qui joue dans l'espace comme un véhicule qui se transporte suivant les indications qu'il propose. Il fend, il tourne, il pointe, il cogne, comme un véritable outil, suivant ses plans, ses lignes, ses points, ses masses.

Les structures portables apparaissent comme des architectures abstraites organisant l'espace dans des rythmes qui lui donnent vie. Elles sont jouées comme des masques, portées sur le corps ou manipulées à bout de bras, se déplaçant dans l'espace suivant leurs indications et leurs forces. Elles ne doivent pas être jouées comme le seraient des marionnettes dans lesquelles on pourrait imaginer reconnaître la figure humaine avec des yeux, une bouche... et dont les conflits seraient issus de situations de notre vie quotidienne.

Les structures portables font découvrir, par la suite, le jeu d'objets variés qui hors de leur fonction utilitaire, pour laquelle ils ont été construits, prennent une autre signification.

Ce jeu abstrait n'est pas gratuit, il s'appuie sur des thèmes très réels qui sont "essentialisés" dans un espace plastique, hors de l'anecdote. Je me souviens de l'émotion qu'avait provoquée le jeu de structures portables partant du thème "tornade sur un champ de maïs dans l'Iowa, aux Etats-Unis": sans aucune imagerie, c'était une sensation de couleurs, de lumières, de volume jouant dans l'espace. Le corps de l'acteur s'inscrivait dans le jeu même de la structure en complémentarité en accompagnement, en esquive, ou se dégageait complètement de la structure pour la servir.

Cette direction du mime architecture approche la scénographie en la dégageant de l'idée de décor et rend à l'objet son sens plastique et dynamique.

Jacques LECOQ