
LE LEM
STRUCTURES PORTABLES
Extrait du livre « Le Théâtre du Geste – Mimes et Acteurs »
écrit sous la direction de Jacques LECOQ
Éditions Bordas 1987
Les structures portables sont la suite abstraite du jeu du masque. Le masque de théâtre contient un caractère plus ou moins expressif en se référant au visage humain qu’il cache pour un autre larvaire, stylisé, voire symbolique. Mais le masque est aussi une forme qui joue dans l’espace comme un véhicule qui se transporte suivant les indications qu’il propose. Il fend, il tourne, il pointe, il cogne, comme un véritable outil, suivant ses plans, ses lignes, ses points, ses masses.
Les structures portables apparaissent comme des architectures abstraites organisant l’espace dans des rythmes qui lui donnent vie. Elles sont jouées comme des masques, portées sur le corps ou manipulées à bout de bras, se déplaçant dans l’espace suivant leurs indications et leurs forces. Elles ne doivent pas être jouées comme le seraient des marionnettes dans lesquelles on pourrait imaginer reconnaître la figure humaine avec des yeux, une bouche… et dont les conflits seraient issus de situations de notre vie quotidienne.
Les structures portables font découvrir, par la suite, le jeu d’objets variés qui hors de leur fonction utilitaire, pour laquelle ils ont été construits, prennent une autre signification.
Ce jeu abstrait n’est pas gratuit, il s’appuie sur des thèmes très réels qui sont “essentialisés” dans un espace plastique, hors de l’anecdote. Je me souviens de l’émotion qu’avait provoquée le jeu de structures portables partant du thème “tornade sur un champ de maïs dans l’Iowa, aux Etats-Unis”: sans aucune imagerie, c’était une sensation de couleurs, de lumières, de volume jouant dans l’espace. Le corps de l’acteur s’inscrivait dans le jeu même de la structure en complémentarité en accompagnement, en esquive, ou se dégageait complètement de la structure pour la servir.
Cette direction du mime architecture approche la scénographie en la dégageant de l’idée de décor et rend à l’objet son sens plastique et dynamique. »
Jacques LECOQ